La face cachée des engrais pétro-chimiques : leur fabrication

La face cachée des engrais pétro-chimiques : leur fabrication

L’idée de cet article m’est venue lors de mon voyage en Tunisie en fin d’année 2019 pour le mariage d’une amie. Comme tous les gros articles que j’ai en tête, il me demandait beaucoup de travail, donc je le repoussais… Mais l’actualité du mois d’août avec l’énorme explosion à Beyrouth m’a rappelé que cet article est important à écrire et à diffuser pour montrer ce que provoque comme catastrophe écologique la fabrication des engrais !

Dans cet article, je ne parlerai pas de la conséquence des engrais-pétrochimiques sur la terre, l’eau, les êtres humains, les animaux les plantes et tout l’environnement en général. Non, cet article a pour but de montrer que dès leur fabrication, les engrais pétro-chimiques sont problématiques à plusieurs égards : environnemental, mais aussi politique.

Principaux composants des engrais pétro-chimiques

       Certains ont vu dans leur cours de biologie (ou SVT pour les plus jeunes) qu’un engrais est principalement composé d’azote, de phosphore et de potassium avec des niveaux différents selon les besoins de la terre et des plantes cultivées. Le fait qu’il ne faut que trois minéraux pour composer de l’engrais nous donne l’idée que l’engrais est un produit simple à fabriquer… MAIS, et il y a un énorme MAIS, ce n’est pas aussi simple de fabriquer trois minéraux que la nature met des années à créer !!! Ainsi, pour avoir ces minéraux, il faut le plus souvent creuser pour les extraire ou dégager des matières premières qui mélangées à d’autres selon une réaction chimique pourront créer ces minéraux (d’où l’utilisation du terme pétro-chimique).

Pour faire simple :

  • L’azote pétro-chimique vient de l’ammoniac transformé (le fameux nitrate d’ammonium qui a explosé à Beyrouth) et/ou de l’urée (oui, notre pipi !). L’ammoniac vient lui de l’azote de l’air et de l’hydrogène provenant du gaz naturel.
  • Le phosphore pétro-chimique vient de mine ou carrière de phosphate et de soufre. L’obtention de superphosphates se fait par réaction de l’acide sulfurique sur des phosphates naturels broyés. L’acide sulfurique vient elle de la pyrite de fer par le procédé des chambres à plomb[1] ou par le soufre avec le procédé de contact (catalyse et hydratation).
  • La potasse pétro-chimique vient du chlorure de potassium et du chlorure de sodium. Ces minéraux de sel sont extraits des mines ou en profondeur dans les mers bien salées (excepté dans la mer Morte où la concertation de sel est importante dès la surface).

      Nous voyons ainsi que le premier problème de la fabrication des engrais est l’extraction des matières premières. Comme toute extraction aussi bien en carrière, que dans les mines qu’en mer, c’est extrêmement polluant :

  • emprise de terres à la place de terres agricoles ou pour la biodiversité ;
  • zones contaminées pour des années ;
  • paysages transformés pour des siècles (comme les terrils du Pas-de-Calais pour l’extraction de charbon qui sont toujours là, un siècle plus tard, et où la nature commence seulement à reprendre ses droits !).

       Un des autres problèmes de l’extraction est qu’elle soustrait le minéral souhaité mais aussi des autres encore moins sympathiques : cadmium, arsenic, uranium… Qui se retrouvent soit dans l’engrais final[2], soit sont séparés mais restent sur place, polluant ainsi encore davantage les lieux d’extraction[3].

       Et je ne parle même pas des produits utilisés pour faciliter l’extraction et du nombre de litres d’eau qu’il faut pour certaines. Par exemple, le phosphate venant des mines a besoin d’être rincé donc beaucoup, beaucoup d’eau est utilisé ! Malheureusement, la pollution suite à la fabrication des engrais ne s’arrête pas à leur extraction, il y a ensuite leur fabrication proprement dite.

L’histoire trouble des engrais pétro-chimiques

Si les engrais ont toujours été utilisés par l’agriculture, les engrais pétro-chimiques sont très récents dans l’histoire humaine. Au début du XIXe siècle, les recherches scientifiques montrent les besoins des plantes, et les minéraux pour les satisfaire commencent à être extraits. À ce stade, ce sont encore les minéraux bruts qui sont épandus sur le sol.

Le tournant est lors de la première guerre mondiale où les industriels allemands en fabriquant des explosifs découvrent comment fabriquer de l’ammoniac à partir de l’azote de l’air. Ainsi, lorsque la première guerre mondiale est finie, ces industriels, comme l’entreprise BASF, doivent trouver d’autres débouchés pour leurs explosifs… Ils se tournent alors vers l’agriculture. Les engrais pétro-chimiques, tels que nous les connaissons, sont nés.

En 40 ans, l'eau a disparu dans l'oasis de Chenini à Gabès.
25000 m3 d'eau par jour sont utilisés pour fabriquer des engrais à Gabès.

Photos de l’oasis Chenini à Gabès, en Tunisie, prises à quarante d’intervalle.
L’installation de l’usine pétro-chimique du Groupe chimique tunisien dans les années 1970 a littéralement vidé l’oasis de son eau.
(Les anciennes photos viennent du musée-zoo de Chenini à Gabès)

Fabriquer des engrais pétro-chimiques

      Extraire les minéraux pour fabriquer les engrais est polluant, mais la pollution ne s’arrête pas là : la fabrication même est polluante. En effet, des mélanges sont faits entre plusieurs minéraux et composants. Ce mélange étant très sensible, il peut être très réactif. Le problème est que cela peut dégager des gaz nocifs pour la santé comme l’ammoniac (qui est un gaz dangereux pour l’homme), le méthane[4], etc.

      Ensuite, les rejets des usines de fabrication d’engrais sont rarement aux normes aussi bien pour les rejets dans l’air que ceux dans l’eau[5]. Et même si elles étaient aux normes, qui nous dit qu’il n’y a pas encore des micro-particules de vapeurs toxiques s’échappant que nous ne connaissons pas encore ? Sans oublier, les « accidents » qui arrivent annuellement[6] et laissent échapper des nuages toxiques comme du dioxyde d’azote[7] ou encore d’ammoniac[8]. Je mets « accident » entre guillemets, car je n’appelle pas un accident quand les syndicats, associations et/ou administration ont interpellé l’entreprise bien en amont sur les risques de dangerosité du lieu.

      D’autre part, l’autre gros problème de la fabrication, comme pour l’extraction, est celui de l’eau ! En effet, selon certains engrais-pétrochimiques, il faut de l’eau, beaucoup d’eau. Les chiffres que j’ai trouvés pour le gros groupe industriel marocain OCP (Office chérifien des phosphates) est de l’ordre de 125 millions de mètres cubes par AN pour un site de 1800 hectares[9] ! Même si le site est énorme, la proportion de l’eau l’est davantage. Et cela rejoint le chiffre que j’ai pour l’usine pétrochimique de Gabès en Tunisie où c’est 25000 m3 d’eau par JOUR qui sont utilisés[10] ! C’est pourquoi les usines d’engrais se trouvent toujours près de points d’eau (rivière, mer, oasis). Et là, c’est une catastrophe environnementale car le plus souvent, c’est de l’eau douce qui est utilisée !!!

Beaucoup d’eau et de gaz sont nécessaires pour fabriquer de l’engrais.

Oasis Chenini à Gabès, en Tunisie, décembre 2019.
Au milieu se devine l’ancienne descente de l’eau.

      Proportion de l’eau douce qui augmente avec la fabrication des engrais liquides, où les composants de l’engrais sont mélangés à de l’eau douce ! Et la vente d’engrais de type liquide va certainement augmenter les prochaines années. Les industriels vantent en effet ce type d’engrais car il se répartit mieux et est moins volatile[11] (est donc moins polluant en terme d’émission de gaz à effet de serre)… sans oublier qu’il leur revient aussi beaucoup moins cher à fabriquer (mettre de l’eau dans un produit est moins cher que de le composer entièrement de minéraux) ! Et comme pour les rejets atmosphériques, il y a aussi, comme je l’ai écrit plus haut, les rejets liquides de l’usine qui polluent l’eau environnante[12].

      Enfin, un dernier facteur polluant auquel on pense peu, est le besoin immense d’énergie pour fabriquer les engrais. Comme nous l’avons vu, les engrais pétrochimiques sont crées à partir de minéraux issus d’une opération chimique… Et la plupart du temps pour réussir cette opération chimique, il faut une combustion (rappelez-vous vos cours de chimie avec le bec Bunsen). Ainsi, les usines de fabrication ont d’énormes besoins de « chauffage », c’est pourquoi certaines n’hésitent pas à faire venir directement le gaz naturel aux portes de l’usine[13] ! Gaz naturel qui peut aussi rentrer dans la fabrication proprement dite des engrais azotés[14]. Ainsi, ce grand besoin d’énergie pour la combustion des minéraux aggrave encore la pollution lors de la fabrication des engrais.

      Mais comme si cette pollution ne suffisait pas, la dangerosité des minéraux employés et la combinaison de certains peuvent conduire à des explosions. C’est pourquoi, en Europe, toutes les usines de fabrication d’engrais sont classées Seveso (directive européenne pour maintenir un haut niveau de prévention des sites industriels à risques d’accidents majeurs).

L'extraction des phosphates et leur fabrication en engrais a provoqué la désertification de Chenini à Gabès.

L’usine pétrochimique de Gabès du Groupe chimique tunisien.
Elle est responsable (avec la cimenterie à côté) de la désertification
de l’oasis Chenini, de la pollution maritime et atmosphérique.
Les rejets toxiques de l’usine empêchent aux nuages de se former
donc de donner de la pluie.
L’eau a ainsi disparu des nappes phréatiques et du ciel.
Et l’eau de la mer est extrêmement polluée, ayant fait diminuer
de plus de moitié le nombre de poissons et crustacés.

Le transport : une des autres pollutions

      Le transport est un facteur polluant important à prendre en compte dans la fabrication des engrais. En effet, la majorité des matières premières viennent aujourd’hui des pays du Sud. La France qui avait des sites pour les différents minéraux (salines, mines de potasse d’Alsace[15], etc.) les a fermés au fur et à mesure. Donc, les minéraux pour les engrais viennent de loin. Ainsi, pour fabriquer un engrais en France, il faudra d’abord faire venir l’ammoniac du Maghreb ou du Nigeria, le phosphate du Maghreb et la potasse de la mer Noire. Et encore ces exemples sont pris des pays les plus proches car il est aussi possible de faire venir le nitrate de sodium ou les phosphates du Chili ou l’ammoniac d’Inde !!!

      Sans oublier qu’après, il faudra retransporter les engrais fabriqués aux quatre coins de la France pour les vendre aux agriculteurs qui les utilisent (heureusement, nous exportons très peu nos engrais). Néanmoins, de plus en plus d’engrais sont fabriqués dans le pays de l’extraction. La France importe ainsi de plus en plus d’engrais, ce qui rend la balance commerciale de son agriculture de moins en moins compétitive[16] et pose des problèmes politiques, comme nous allons le voir plus loin.

      Un autre type de transport, autre que la route, qui peut aussi générer une pollution, est celui par oléoduc ou par minéroduc[17] ! En effet, certaines usines ou groupes décident de transporter les minéraux ou l’engrais par pipeline sur des centaines de kilomètres ! Si cela peut sembler moins polluant que la route, il y a toujours et toujours le problème des fuites, qui est plus fréquent que l’on ne le pense ! Et là, c’est catastrophique car l’engrais se répand directement dans la terre donc rejoint plus rapidement les nappes phréatiques ! Sans oublier que la durée de vie d’un pipeline est courte : seulement une vingtaine d’années[18] !

L’usine pétro-chimique à Gabès : un exemple type de capitalisme

La Tunisie a énormément de phosphates dans son sol. C’est le Groupe chimique tunisien, entreprise publique, qui chapeaute le tout en organisant l’extraction des phosphates et la fabrication des engrais. Dans les années 1970, le groupe décide de s’installer à Gabès, le paradis sur terre d’après ses habitants mais aussi des étrangers (Cousteau alla fréquemment dans la baie de Gabès pour l’énorme diversité des poissons).

Dès 1980, l’eau se raréfie dans l’oasis Chenini qui abreuve les parcelles agricoles aux alentours de Gabès. Les rejets de l’usine pétro-chimique polluent les côtes et l’air, et les pêches miraculeuses commencent à disparaître. Au fil des années, les habitants qui vivaient de l’agriculture et de la pêche sont obligés soit de travailler dans l’usine, soit de quitter Gabès pour aller travailler dans le tourisme sur l’île de Djerba, rendant ainsi leur dépendance encore plus grande au tourisme ou au secteur industriel.

Le cercle vicieux est en place : difficile de critiquer une usine qui donne beaucoup d’emplois ! Encore plus difficile de vouloir s’en séparer ! Pourtant, malgré les emplois, la redistribution de l’argent n’est pas au rendez-vous. La pieuvre du capitalisme a ainsi déployé toutes ses tentacules pour verrouiller tout le système.

L'assèchement de l'oasis Chenini est dû à l'usine pétrochimique de Gabès.

Oasis Chenini à Gabès, en Tunisie, décembre 2019.
Il y a encore quarante ans, l’eau coulait sous l’arche.

 

Les engrais, un problème politique

      Si on peut voir positivement que les engrais soient fabriqués dans les pays d’extraction (exporter des produits manufacturés rapporte davantage que des produits bruts), cela pose d’énormes problèmes politiques et moraux. D’abord, politique. Quid de notre indépendance agricole dans le modèle agricole actuel ? Nous allons avoir ainsi de moins en moins de marges de manœuvres car les groupes produisant les engrais pétro-chimiques sont justement d’énormes groupes qui commencent à se concentrer et à racheter tous les « petits » fabricants[19]. Actuellement, la quinzaine de gros fabricants d’engrais ont des chiffres d’affaires de plusieurs milliards d’euros par an (voir encadré ci-dessous) !!!

      Autre donnée importante : comme la majorité des grands groupes financiers, les engrais sont soumis aux cours boursiers !!! Oui, vous avez bien lu ! Ainsi, à avoir aussi peu de fabricants qui ont la main mise sur les engrais, je peux affirmer que les prix des engrais vont continuer à augmenter (donc la nourriture qui n’est pas cultivée en biologique aussi) ! Surtout que les groupes n’hésitent pas à se rapprocher amicalement pour devenir des mastodontes comme la joint-venture Total, Borealis et Nova Chemicals aux États-Unis[20] (pour faire simple, ils se sont mis ensemble pour faire une co-entreprise).

      Et pour certains, j’ose parler de mafia de l’engrais, tellement il est difficile de trouver des informations sur ces entreprises et leurs dirigeants, exception faite de Mostafa Terrab. Il est à la tête de l’énorme groupe marocain qui fabrique les engrais, l’OCP (L’Office chérifien des phosphates). Il est un ancien de la Banque mondiale, diplômé des Ponts et Chaussés, homme de réseau, lobbyiste notoire. Bref, quelqu’un qui a l’habitude de naviguer entre secteur public et secteur privé tout en côtoyant les plus riches ! Donc, tout un petit monde de millionnaires, voire milliardaires qui se connaissent ! Rien de pire pour s’entendre sur les prix et les augmenter.

      L’autre pendant mafieux des engrais se déroule en Afrique où tous les grands groupes des autres continents sont en train de s’accaparer les gisements de phosphate[21]. Sans parler des Saoudiens, Russes et autres milliardaires qui voient là une nouvelle opportunité de se faire de l’argent[22] (d’autant plus pour les Russes qui disposent de gaz naturel à foison ce qui leur fait un nouveau débouché pour leur gaz) !

     Enfin, fabriquer dans les autres pays les engrais peut être vue positivement car cela nous évite les risques sanitaires… À nous, mais pas aux populations locales. Et là, au niveau moral, ce n’est pas top. Nous leur faisons prendre des risques alors que 80 % des engrais qu’ils produisent nous sont destinés[23], voire ne sont pas adaptés pour les sols africains[24]. Et comme, par hasard, ce sont des populations du Sud ! Nous ne ferions pas du néo-colonialisme ? C’est-à-dire prendre leurs richesses (les minéraux transformés) en payant le prix du produit, mais pas le prix sanitaire qui est, sans commune mesure, totalement plus élevé !

Liste des plus gros groupes d’engrais pétro-chimiques

La liste n’a pas été simple à établir, il y a sans doute des manques. Il n’y a que le nom principal du groupe, mettre leurs multiples filiales m’aurait pris beaucoup trop de temps, surtout que les informations ne sont pas simples à trouver. Ils sont classés par continent et par ordre alphabétique.

J’ai seulement mis les groupes qui font plus de 1 milliard de chiffres d’affaires par an ! Mais certains peuvent aller jusqu’à 50 milliards d’euros !

Afrique
Dangote (Nigéria)
GCT (Groupe chimique tunisien, Tunisie)
OCP (Office chérifien des phosphates, Maroc)

Amérique
Corteva (États-Unis)
GB Minerals (Canada)
Nova Chemicals (États-Unis)
Nutrien (Canada)
Trammo (États-Unis)

Asie
Elenilto (Israël)
ChemChina (Chine)
Uralkali (Russie)
Wengfu (Chine)

Europe
Bayer/Monsanto (Allemagne/États-Unis)
Borealis (Autriche)
Roullier (France)
Tessenderlo (Belgique)
Total (France)
Yara International (Norvège)

       Les engrais pétro-chimiques sont donc bel et bien problématiques, à tous les niveaux et à n’importe quel moment de leur vie ! Ils polluent ainsi dès leur naissance, puis au moment de leur formation, pour continuer à polluer quand ils sont en pleine maturité jusqu’à leur mort où on retrouve leurs « cendres » à travers les algues vertes ou dans les nappes phréatiques. Et par le lieu de leur extraction et de fabrication, ils posent des enjeux moraux cruciaux vis-à-vis de nos responsabilités envers les pays du Sud.

POUR EN SAVOIR PLUS

Fabrication précise de l’ammoniac : https://guichon-vannes.com/faqs/engrais-azotes-process-de-fabrication-des-engrais-azotes/

Carte des sites Seveso en France : https://www.leparisien.fr/societe/risques-industriels-majeurs-notre-carte-des-1300-sites-seveso-en-france-26-09-2019-8160462.php

Liste des derniers accidents industriels dans les usines d’engrais : https://www.terraeco.net/Usines-d-engrais-des-fuites-et-des,49341.html

Géopolitique des engrais entre les deux guerres mondiales : https://www.persee.fr/doc/ingeo_0020-0093_1940_num_4_4_5929

 

À visiter

Une visite vidéo officielle de l’usine de Yara à Ambès (Gironde) : https://www.youtube.com/watch?v=rEOpoRD6Kkw

Une vidéo du journal Le Monde d’une carrière d’extraction de phosphates au Maroc et des usines de l’OCP (images fournies par l’OCP) où l’on voit l’énorme ravage qu’est l’extraction (vidéo qui se trouve en milieu d’article) : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/02/02/le-geant-marocain-des-phosphates-se-sacre-roi-des-engrais_4858243_3212.html

Si vous êtes dans l’Est de la France, les anciennes mines de potasse d’Alsace se visitent : https://www.mdpa-stocamine.org/

 

Sur l’énorme pollution de Gabès
et ses alentours

Un article qui résume toute la situation : https://ftdes.net/2654-2/

Le documentaire Gabes Labess (Tout va bien à Gabès) de Habib Ayeb : https://www.youtube.com/watch?v=j_wkggqYCBg (en arabe et anglais sous-titré, je n’ai pas réussi à trouver la version française gratuitement)

Pour voir de visu les rejets de l’usine, une vidéo en chanson de l’association SOS Environnement Gabès : https://www.youtube.com/watch?v=wu1KrDjfYsY

Pour soutenir l’oasis de Chenini : Association de Sauvegarde de l’oasis de Chenini Gabes (ASOC) https://www.facebook.com/AssociationDeSauvegardeDeLOasisDeCheniniGabesasoc/videos/?ref=page_internal

L'oasis de Chenini à Gabès a été vidée de son eau à cause de l'usine pétrochimique.
L'usine pétrochimique pollue le ciel, la terre et la mer.

Panneaux explicatifs du musée-zoo de Gabès dans l’oasis Chenini
(vous pouvez cliquer pour agrandir).

Nos amis tunisiens nous avaient expliqué la situation.
Mais de voir de visu les anciennes photos de l’oasis nous a permis de nous rendre compte de la catastrophe qu’est la fabrication des engrais.
Et de constater que le gouvernement tunisien connaît la cause de la désertification
et ne fait RIEN, alors que l’eau est le bien le plus précieux, m’a révoltée !

Cette situation est d’une tristesse :
il y avait un paradis,
en quarante ans, il a été détruit pour enrichir seulement quelques-uns, et, qui plus est, polluer d’autres terres !
Affligeant.

QUE FAIRE ?

Pour tous
Déjà, informez les gens autour de vous, en partageant cet article par exemple. Peu de gens sont au courant de la fabrication des engrais.

Ensuite, une seule et simple solution : boycottez les engrais pétro-chimiques si vous avez un jardin, et achetez biologique pour la nourriture, la cosmétique et les vêtements. En allant au marché et en évitant les supermarchés (mon article ici à ce sujet en cliquant ici), vous ne payerez pas beaucoup plus cher.

Si votre enfant mange à la cantine ou si vous-même mangez en restauration collective, demandez à votre municipalité ou à votre directeur (ou syndicat si vous êtes dans une grande entreprise) de passer au maximum en agriculture biologique. Là, il peut y avoir un coût important d’autant plus si la cuisine n’est pas faite sur place, mais argumentez en demandant que la restauration soit refaite sur place avec un vrai cuisinier et des produits locaux. Les collèges du Finistère sont revenus sur le modèle de la cantine sur place avec un cuisinier et ont pu faire bénéficier aux collégiens de produits biologiques et/ou locaux sans surplus financier pour les parents.

 

Pour les agriculteurs
Selon votre domaine et votre ancienneté, il est plus ou moins difficile de passer en culture biologique, d’autant plus si vous avez des prêts en cours. C’est en effet tout un système à réapprendre, ce n’est pas seulement de supprimer les engrais pétro-chimiques (là, vous courrez à la catastrophe), mais de revoir la taille des parcelles, bien choisir ses plantations et la rotation, favoriser la biodiversité pour éviter les nuisibles, etc.

Pour le maraîchage, il est assez « simple » de passer en bio, car les ventes directes permettent vite de se faire une rentrée d’argent régulière. Pour les céréales, là, c’est beaucoup plus complexe, car il y a très peu de vente directe. Pour les élevages, cela demande un fort investissement car il faut nourrir les animaux en nourriture biologique. Si vous avez encore des pâturages, ça peut le faire, mais si vous achetez votre fourrage, c’est beaucoup plus compliqué !

Ce que je vous conseille, si vous trouvez que le système ne vous convient pas, c’est de faire pression tout simplement sur votre syndicat agricole afin de changer les choses, pour qu’il fasse lui-même pression sur le gouvernement. Ou alors de voter pour les syndicats qui proposent de réduire, voire de supprimer les engrais pétro-chimiques ! Et pourquoi pas même de vous présenter aux prochaines élections !

Enfin, n’oubliez pas que l’avantage en bio est qu’une bonne somme d’agent n’est pas déboursée pour l’achat des engrais pétro-chimiques. Vu le prix de l’engrais, et la hausse qui va se poursuivre, vous pouvez vite vous y retrouver !

NOTES DE BAS DE PAGE

[1] En gros, le fer est placé dans des ballons de plomb avec du nitrate qu’on brûle pour dégager l’acide sulfurique : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8857686/f18.image

[2] https://www.lemonde.fr/planete/article/2018/03/16/le-cadmium-ce-tueur-cache-dans-les-engrais_5271887_3244.html

[3] http://www.pharmapresse.net/content/guardian-le-phosphate-menace-la-sant%C3%A9-et-lenvironnement-des-marocains Le lien vers l’article original : https://www.theguardian.com/global-development/2015/dec/16/toxic-shadow-phosphate-miners-morocco-fear-they-pay-high-price

[4] https://usbeketrica.com/article/les-usines-d-engrais-aux-etats-unis-emettent-100-fois-plus-de-methane-que-prevu

[5] https://www.eau-et-rivieres.org/timac-agro-saint-malo-fevrier-2020 et https://agence-api.ouest-france.fr/article/lusine-de-fabrication-dengrais-yara-de-nouveau-epinglee

[6] https://www.terraeco.net/Usines-d-engrais-des-fuites-et-des,49341.html

[7] https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/loire-atlantique/usines-a-risques-des-dangers-aussi-en-loire-atlantique-a79e2e7d-dbab-11e9-8deb-0cc47a644868

[8] https://www.leparisien.fr/seine-et-marne-77/aubepierre-ozouer-le-repos-77720/un-nuage-toxique-s-echappe-de-l-usine-d-engrais-de-grandpuits-07-07-2011-1523268.php

[9] https://www.lavieeco.com/economie/jorf-lasfar-le-complexe-dengrais-de-locp-et-lusine-de-dessalement-deau-de-mer-mis-en-service/

[10] Chiffres du musée-zoo de Gabès en Tunisie, situé dans l’oasis de Chenini.

[11] https://www.ouest-france.fr/economie/agriculture/de-l-engrais-liquide-made-normandy-5317395

[12] https://www.leparisien.fr/seine-et-marne-77/bombon-77720/plainte-contre-l-usine-d-engrais-apres-la-pollution-08-01-2011-1217773.php

[13] https://www.agenceecofin.com/gaz-naturel/1503-64706-nigeria-chevron-signe-un-contrat-de-livraison-de-gaz-naturel-a-lusine-dengrais-de-dangote

[14] https://www.jeuneafrique.com/858407/economie/engrais-locp-prevoit-la-mise-en-service-dune-usine-nigeriane-dammoniac-avant-la-fin-de-2023/

[15] https://www.mdpa-stocamine.org/lhistoire-des-mines-de-potasse-dalsace/

[16] http://www.action-agricole-picarde.com/actualites/engrais-la-france-de-plus-en-plus-dependante-des-importations:4T79KCT8.html

[17] https://energiemines.ma/locp-transporte-les-phosphates-par-pipeline-vers-jorf-lasfar/

[18] https://www.aboutpipelines.com/fr/blogues/les-pipelines-concus-pour-la-securite/

[19] https://www.lesechos.fr/2016/09/naissance-dun-geant-mondial-des-engrais-agricoles-228915

[20] https://www.total.com/fr/medias/actualite/communiques/etats-unis-total-borealis-et-nova-chemicals-signent-les-accords-definitifs-de-creation-dune-joint

[21] https://www.jeuneafrique.com/mag/269391/economie/ces-phosphates-africains-que-tout-le-monde-convoite/

[22] https://www.commodafrica.com/26-06-2020-engrais-les-usines-de-locp-au-ghana-et-nigeria-operationnelles-dici-2024

[23] https://www.willagri.com/2017/11/28/lindustrie-engrais-afrique/

[24] https://www.jeuneafrique.com/12046/economie/afrique-l-utilisation-des-engrais-reste-minimale/

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