Les bouchons routiers ou comment les engendrer

Les bouchons routiers ou comment les engendrer

        Ça y est, les vacances sont passées pour la plupart d’entre nous cry, et pour ceux qui sont partis, qui restent à partir, qui se sont, ou vont, se déplacer en voiture, se pose l’inévitable question des bouchons ! Si cela peut sembler impossible à y échapper, pourtant, comme pour la canicule (article en cliquant ici), les raisons sont beaucoup plus complexes que la vision traditionnelle d’un tas de gens qui se déplacent dans la même direction (même si partir en vacances ne concerne qu’un peu plus de la moitié des Français[1] !) !

Un réseau routier inadapté au trafic actuel

        Comme pour la canicule, le problème du trafic est lié avant tout à l’organisation du territoire. Entre la centralisation et la métropolisation, les grands axes routiers ne sont qu’entre les métropoles, il n’y en a pas pour les villes moyennes, ni même pour les grandes villes moyennes (plus de 100 000 habitants). Faites la route Nantes Limoges en passant par Poitiers, trois préfectures, trois villes à plus de 100 000 habitants, mais une route nationale à UNE voie !!! De même, à avoir concentrer le travail (entreprise, administration, hôpital, et bientôt école[2]) en métropole, forcément le jour où les gens doivent en sortir, cela fait plus de monde sur les routes.

        S’ajoute à ce problème des routes mal dimensionnées. L’État français fait tout pour que les gens habitent en ville (abandon des communes rurales[3]) mais ne créé pas les infrastructures qui suivent. Si les métropoles semblent bien desservies au niveau routier, elles sont totalement saturées ! Il n’y a qu’à voir le périphérique nantais. Quand j’y suis arrivée en 2005, il y avait déjà des points noirs lors des grands départs ou le vendredi soir. On parlait d’agrandir le périph’ ! Quinze ans après, rien n’a été fait, et les points noirs se sont transformés en bouchon quotidien (je n’ose penser à tous ces rejets de CO2 qui pourraient être évités !). Lors des grands départs, ce n’est plus un quart d’heure de bouchon mais une heure !!! Et c’est la même chose avec le périph’ bordelais, rennais et lillois, et sans doute celui de toutes les autres métropoles françaises.

Ainsi, beaucoup de points noirs du réseau routier français sont en réalité des points mal conçus qui pourraient facilement être réaménagés pour fluidifier la circulation ! Entre les routes à une voie, les rétrécissements de voie à des endroits incongrus, des insertions de voie mal conçues, la liste est grande de points qu’il serait facile à améliorer (en dessous de l’article, la liste des points noirs que je connais. N’hésitez pas à en ajouter car je ne connais pas toute la France !). En évitant ainsi facilement ces bouchons, les voitures pollueraient un peu moins, et les conducteurs seraient moins fatigués et énervés (vecteur d’accident).

Le cas du réseau routier breton

La Bretagne a un excellent réseau routier : deux-voies presque partout, avec beaucoup d’échangeurs et gratuite ! Beaucoup de monde pense que ces axes ont été créés pour développer le tourisme.
Que nenni ! Ces axes sont avant tout là pour transporter rapidement la nourriture (notamment le soja d’Amérique latine) qui débarque des ports de Lorient[*] ou Brest vers les élevages de porcs ou de poulets. Puis, pour que ceux-ci, une fois à taille suffisante, partent à l’abattoir pour soit repartir à l’export (les poulets surtout) soit dans les usines de transformation bretonne (la charcuterie) pour ensuite engraisser la France !
Ainsi, c’est l’industrie agro-alimentaire qui a favorisé ce réseau routier[**] et non le bien-être des touristes (même s’ils en profitent !).

 

[*] https://www.ouest-france.fr/bretagne/lorient-56100/lorient-le-port-attend-son-plus-gros-cargo-de-soja-5980381
[**] Rapport du SEDES des années 1980 : http://temis.documentation.developpement-durable.gouv.fr/pj/OEST3/6132_4_1.pdf

Des transports en commun défaillants

       Aux problèmes routiers s’ajoutent un autre problème de taille : l’abandon du trafic ferroviaire par la SNCF (donc l’État). Si avant les années 1960, les chemins de fer émaillaient entièrement le territoire français[4], il n’en est plus rien aujourd’hui ! Et les grandes lignes ferroviaires actuelles avec le TGV au lieu de compléter un réseau routier défaillant, ne font que le dédoubler ! La plupart des autoroutes suivent le chemin du train ! La France se retrouve ainsi par endroit avec ni réseau routier, ni ferroviaire ! Allez de Nantes à Limoges en train ! Je vous souhaite bon courage !

       Sans oublier que le réseau ferroviaire actuel est construit en étoile dont le centre est Paris. Ainsi, de Quimper pour rejoindre Abbeville (en Picardie), Paris est le passage obligé (je ne mentionnerai pas le gâchis de la gare à betteraves dans cet article), et comme la correspondance à Paris fait perdre du temps et est pénible à cause du changement de gare, je rentre rarement en train !

       Et comme si cela ne suffisait pas, la suppression des Intercités et des trains de nuit qui émaillaient le territoire transversalement (comme le Nantes-Toulouse ou le Nantes-Nice) a transformé des trajets directs en correspondance effrayant les gens qui veulent prendre le train : Brest-Bordeaux était direct par Nantes, aujourd’hui le site internet de la SNCF vous conseille de le faire en passant par Paris (et en prenant deux TGV qui sont évidement beaucoup plus cher que deux TER).

       La politique des prix pratiqués par l’État, la SNCF et les collectivités n’encourage pas le transport ferroviaire (au détriment du routier et de l’aérien, voir article en cliquant ici). L’augmentation du tarif du train fait que, même pour une personne, il est aussi cher de faire son trajet seul en voiture qu’en train ; alors qu’il y encore quelques années, c’était à partir de deux personnes que cela devenait intéressant financièrement de prendre sa voiture.

       Enfin, le réseau de cars français est presque inexistant. Si grâce aux cars Macron, ce mode transport a eu un regain d’intérêt, comme pour le réseau routier et ferroviaire, il n’a fait que dédoubler le réseau routier et ferroviaire existant ! Il y a ainsi très peu de bus qui desservent les petites villes françaises, contrairement à l’Angleterre qui a un réseau correct grâce aux Country Buses[5]. La mauvaise desserte des transports en commun français ne participe donc pas à la diminution des bouchons routiers.

Carte des réseaux ferrés du Finistère et de la Somme en 1933,
d’après l’annuaire Pouey (réédité par LR Presse[4]).
Vous pouvez cliquer sur les cartes pour les agrandir.
R
emarquez le nombre de lignes de train aujourd’hui disparues.
Pour ces deux départements, ce sont la moitié des lignes qui ont été supprimées !

Un mouvement migratoire, du Nord vers le Sud, médiatique

       Toutefois, le transport n’est pas le seul fautif de la formation des bouchons. Le mouvement migratoire estival en lui-même est parlant : majoritairement, cela va du Nord vers le Sud, et de l’Est vers l’Ouest. Pourquoi ? Si je peux comprendre que des gens partent vers le Sud quand ils sont héliophiles (besoin de beaucoup de soleil), ce n’est pas le cas de tout le monde et de toutes les régions. Pourquoi donc toujours partir vers le Sud et l’Ouest ? Tout simplement, c’est le rêve qu’on nous vend à travers les médias : journaux, publicités, magazines (féminins entre autres)! Pour être en vacances, c’est forcément au soleil et à la plage ! Feuilletez un magazine féminin d’été et vous comprendrez : comment se protéger les cheveux du soleil, de la mer ? Comment se protéger la peau ? Comment être impeccable en maillot de bain ? Ce n’est pas le sujet de cet article, mais j’ai l’impression qu’on nous vend les vacances à la plage, rien que pour nous vendre des produits pour qu’on soit au top pour les vacances ! Hé, mais c’est les vacances, lâchez-nous la grappe !

       De même, les journaux télévisés amplifient ce phénomène en ne filmant que des gens en vacances sur la plage (ou dans les bouchons). On ne peut pas être en vacances à la montagne ? En ville ? Quand on voit le nombre de touristes à Paris, cela a pourtant l’air possible ! Tous les médias donnent le biais que les vacances = mer et soleil ! Si vous n’avez pas d’idées où partir, les médias influenceront forcément votre choix.

       Sans compter que d’après eux, le soleil n’existe que dans le Sud ! Même si statistiquement, il y a plus de chance que vous ayez du soleil dans le Sud, il arrive qu’il pleuve aussi là-bas, et qu’il fasse beau ailleurs. Je suis partie, il y a quelques années dans les Ardennes, j’ai eu du super beau temps. Idem, en Picardie, les étés sont majoritairement chauds ! En influençant donc les gens pour qu’ils partent vers la même direction, les bouchons sont amplifiés dans cette direction !  

Un besoin croissant de soleil

       Pour revenir aux héliophiles, si les gens ont peut-être autant besoin de soleil aujourd’hui, c’est tout simplement que de travailler toute la journée enfermé (bureau, usine, hôpital, supermarché,…), voire sans source de lumière naturelle, ne suffit pas à avoir leur dose de soleil. Moi, la première, le soir, je n’ai qu’une envie, c’est d’être dehors et de profiter du soleil. Le changement de la sectorisation du travail : de primaire (agriculture, artisanat) à manufacturière et de service a créé de nouveaux besoins aux travailleurs, comme celui d’être au soleil un minimum d’heures !

       Il en est de même avec le logement. De plus en plus de personnes vivent en appartement. Ce type de logement ne favorise pas du tout la vie en extérieur. Même si les promoteurs proposent maintenant des appartements avec balcon, ce n’est pas encore le cas partout ! De plus en plus de personnes se trouvent donc en carence de soleil (il n’y a qu’à voir l’augmentation de la prise de vitamine D[6] !). Si les héliophiles se trouvent de plus en plus nombreux, il y aura donc de plus en plus de bouchons vers le Sud.

       Pourtant, partir en vacances signifie, selon moi, se couper de sa routine traditionnelle en découvrant de nouveaux lieux et en pratiquant diverses activités de loisir (randonnées, visites culturelles et historiques et plage pour moi). Et quelquefois, il n’y a pas besoin d’aller loin pour le faire. En effet, combien de gens ne connaissent même pas leur propre région alors qu’il y a tant de choses à faire. Alors pour les prochaines vacances, n’hésitez pas à aller dans une des destinations préférées des Picards : Gardincourt ! (Private joke picarde, je n’ai pas pu m’empêcher wink ! Pour la comprendre, cet article de La Voix du Nord : https://www.lavoixdunord.fr/archive/recup/region/vacances-a-gardincourt-les-reves-dans-le-jardin-ia0b0n2983973.)

 

BONUS : les points noirs routiers

Ce sont les points noirs routiers que je connais et qui sont facilement améliorables (excepté les viaducs) et qui éviteraient moult bouchons, donc de la pollution inutile !

Côtes d’Armor 

• N176, entre Dinan et Saint-Malo : viaduc de la Rance qui revient à une voie

Loire-Atlantique 

• Périphérique nantais :
– porte de Gesvres : retour en une voie au lieu d’une voie d’insertion vers Paris
– porte de Sorinières : retour en une voie au lieu d’une voie d’insertion vers la Vendée

• A83, de la Vendée vers Nantes : après la sortie d’autoroute, seulement deux voies au lieu d’en faire quatre, puis trois, enfin deux, le temps que le flux se disperse.

• N165, entre Nantes et Savenay : petit virage indiqué comme travaux (ça fait plus de 15 ans !) avec ralentissement à 90 au niveau de Malville.

Charente-Maritime

• A387, entre Rochefort et Saintes : revient en une voie pour s’insérer dans la A10 (autoroute Bordeaux-Paris).

Que faire pour éviter les bouchons ?

 

Évitez de partir un samedi. Si cela n’est souvent pas possible en location, le camping est beaucoup plus souple.

Évitez le Sud et autres destinations touristiques, d’autant plus si vous partez un samedi.

Roulez de nuit ou au moins, partez de bon matin.

Privilégiez le train quand cela est possible.

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4 réactions au sujet de « Les bouchons routiers ou comment les engendrer »

  1. Coucou ! Merci pour cet article vraiment intéressant !!
    Je suis d’accord avec ce que tu dis, je suis ardennaise (marrant de lire que tu as passé tes vacances chez nous 😋) et j’ai fait un jour Reims-Amiens en train on a été obligé de passer par Paris alors qu’en voiture ce n’est qu’à 1h45 de distance !

    1. Bonjour Sarah,
      merci de ton retour ! C’est vrai qu’il n’y a même pas de train Amiens-Reims !!! Pfff ! Quand tu vois que Amiens-Beauvais n’existe pas non plus en train alors que ce sont deux grandes villes picardes ! Et le Amiens-Rouen, il ne faut pas être pressé ! Et le… bon j’arrête là car la liste pourrait être longue !
      Sinon, pour les Ardennes, nous avions beaucoup aimé :-). C’est boisé, et le château de Sedan vaut le détour !

  2. Hello,

    Article intéressant, ainsi que le lien avec le besoin de soleil, qui manque effectivement cruellement dans nos vies “modernes” et citadines. Pour ma part c’est surtout le besoin de nature qui manque au quotidien et dont j’essaie de profiter en vacances… Nature bien manquante quand on se dirige vers des plages béton comme celles de La Baule…

    Au passage : à Nantes la porte de Gesvres va être remaniée par Vinci : aménagement pour passage A11 périph et périph ouest/est (à l’agence on a gagné récemment la compet sur l’accompagnement en concertation territoriale publique et communication chantier…)

    1. Oui, c’est peut-être plus le besoin de nature que de soleil que les gens ont besoin, mais les médias traditionnels ne les aident pas à le concevoir !
      Ah, je te remercie pour l’info sur la porte de Gesvres, on va dire qu’il est temps ! Mais le temps que les travaux se fassent etc., il faudra encore quelques bonnes années !

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