Le low-cost : à quel prix ?

Le low-cost : à quel prix ?

Depuis une quinzaine d’années, le low-cost aérien s’est implanté dans le paysage des métropoles françaises et étonne toujours par des prix aussi bas ! En vous y prenant à l’avance, vous pouvez faire un Brest-Lyon aller-retour à deux à 95 euros !!! Oui, vous avez bien lu ! Idem pour des destinations européennes : Barcelone, Stockholm, Prague, toutes les métropoles européennes sont accessibles à des prix extrêmement compétitifs ! À ce prix-là, il n’y a même pas besoin de réfléchir entre l’avion, le train ou la voiture ! Et en plus, vous gagnez du temps ! Bref, tout semble parfait dans un monde idéal… Mais… vous vous en doutez, si j’écris un article sur ce sujet, c’est qu’il y a un mais, et même un énorme MAIS !

Le Mais est d’avoir fait croire au citoyen que le low-cost était moins cher que le train. Ce qui est vrai quand on regarde son portefeuille personnel. Mais le devient beaucoup moins quand on inclut les deniers publics (donc notre argent indirectement), qu’on ajoute le facteur éthique sans oublier le dénominateur pollution. Et là, le vent ne souffle plus du bon côté pour l’aérien ! Je me suis longtemps posé la question de comment faisaient les compagnies aériennes low-cost pour proposer des tarifs aussi bas et engranger autant de bénéfices (plus d’un milliard d’euros de bénéfices nets pour Ryanair en 2015 !!!) ! Car le rôle de toute entreprise est de gagner de l’argent (sans aucun jugement négatif de ma part, mais cette base est toujours bonne à rappeler !), mais une partie de cet argent doit aussi repartir dans l’économie via les impôts et les salaires !

D’abord, les compagnies low-cost rognent sur énormément de coûts par rapport à une compagnie aérienne classique : nourriture et boisson payantes à bord, places réduites, déplacement jusque l’avion à pied, publicité dans l’avion. Elles ont aussi réalisé le tour de force de rendre payant des « services » qui ne demandent aucun investissement de leur part : monter en premier dans l’avion, réserver sa place. Coût 0 €, bénéfice 100 % ! Cependant, selon mes calculs, tout cela ne suffit pas, car il faut quand même payer les pilotes, stewards et hôtesses.

Les compagnies comme Ryanair ont réglé ce problème en embauchant des gens sous contrat irlandais (moins de charges, pas de Sécu) ou en tant qu’indépendants. La maison-mère est elle-même basée dans ce pays où l’imposition est « avantageuse » (pour les entreprises, et non pour l’État et ses citoyens) et ses filiales sont bien sûr basées dans des paradis fiscaux. Là, je commence à arriver à un bon chiffre, mais cela ne suffit pas encore ! Car il faut aussi payer le kérosène, et croyez-moi, ce n’est pas donné ! Kérosène, mais oui, bingo ! Les compagnies aériennes n’ont AUCUNE taxe sur le kérosène ! (À l’heure, où le diesel est mal vu des pouvoirs publics, je trouve cela quand même gonflé !). Donc : rognage des coûts, masse salariale et imposition presque nulle, aucune taxe, on y arrive presque !

Il ne manquait plus que le dernier maillon pour que la chaîne soit complète : les subventions publiques ! Et là, comme d’habitude les pouvoirs publics, via les CCI locales (chambre de commerce et d’industrie) s’en donnent à cœur joie, d’autant plus que la loi de 2010 sur la décentralisation des aéroports les y aide !

  • Subvention pour l’installation d’une compagnie aérienne dans telle ville (50000 euros pour Ryanair[1]à Dole, ville de 23000 habitants !).
  • Subvention par nombre de passagers : qui peut aller de 15 à 40 euros par passager[2] (sur un avion de presque 300 places en comptant 20 euros la place, ça fait 6000 euros par avion !!!).
  • Aucune redevance pour l’utilisation de la piste ou ristourne sur les taxes.
  • Dans certains aéroports, comme celui de Beauvais, c’est la CCI qui paye les salariés[3] !!!
  • Aide au marketing : les villes payent pour que les compagnies low-cost les mettent en avant sur leur site internet ou via la pub (ce qui fait également de la pub pour ladite compagnie puisqu’elle met en avant par la même occasion les trajets qu’elle propose !)

Sur certains aéroports, on arrive ainsi à des millions d’euros par an versés aux compagnies low-cost ! En 2008, Ryanair touchait 35 millions d’euros d’aides publiques en France ! Et le plus céleste dans tout ça, c’est qu’à cause de toutes ces aides publiques, les trois quarts des aéroports français sont en déficit[4] !!! Cherchez l’erreur !

Ainsi, le low-cost ne nous coûte pas cher quand on regarde seulement son portefeuille personnel, mais quand on regarde le nombre d’argent public qui part pour un transport plus polluant que le train et pour des compagnies n’ayant aucune éthique et ne payant même pas leur impôts en France, cela interroge ! À quoi pensent nos élus ? Développer le tourisme, OK, mais le train peut le faire aussi, et en coûtant au final beaucoup moins cher ! Et surtout en faisant travailler des entreprises françaises qui payent leurs impôts en France !

Que faire ?

Interpellez vos élus sur cette question en leur demandant pourquoi ils ne financent pas plutôt le train.

Évitez de prendre des compagnies low-cost
(j’avoue, je suis la première à en profiter
mais j’habite à la frontière de New York wink !)
Et c’est de plus en plus difficile puisque il y a de moins en moins de train. Par exemple, la ligne ferroviaire Brest-Bordeaux
a fermé il y a deux ans !

POUR EN SAVOIR PLUS

Sur les compagnies aériennes low-cost en général :

Sur le nombre de subventions que touchent les compagnies low-cost :

Sur l’économie déficitaire des aéroports :

3 réactions au sujet de « Le low-cost : à quel prix ? »

  1. Salut,
    Grand merci d’avoir publié cet article, qui éclaircit un mystère (et fait froid dans le dos en même temps). Aucune taxe sur le kérosène, des subventions publiques par passagers et pour l’installation, pas de contrôle sur ces entreprises basées dans les paradis fiscaux, qui n’ont ni éthique, ni respect de leurs salarié.e.s : quelle honte! Cela justifie mieux ma décision de limiter autant que possible mes voyages en avion!
    PS : 2 coquilles sont restées ds le txt (las au lieu de “les” salaires, fin 2è paragraphe, su leur site au lieu de “sur”, dans le dernier point Aide au marketing).

    1. Bonjour Magali,
      oui, c’est exactement ça : ça fait froid dans le dos le nombre d’argent public qui s’envole !
      Je te remercie pour ta relecture. J’avais vu pour « les » mais le « sur » pas du tout ! On voit que mon relecteur habituel n’a pas relu cet article 😉 !

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