Des métropoles françaises mal conçues face à la canicule

Des métropoles françaises mal conçues face à la canicule

       Fin juin 2019, canicule sur toute la France (Toute ? Non ! Car une région résiste encore et toujours… wink). Avec des pics de chaleur record sur des températures relevées depuis plus d’un siècle[1] comme au pic du Midi[2], les régions ont atteint facilement les 35 degrés pour très peu baisser la nuit (le propre d’une canicule).

       Pourtant, si la chaleur était insoutenable en ville, cela n’est pas tant dû à l’air chaud extérieur, mais à la conception et l’architecture des métropoles françaises. Comme d’habitude en France, au niveau architecture, rien n’est conçu pour le bien-être des habitants comme conserver la chaleur l’hiver, et rafraîchir l’air l’été. Ainsi, une ville mal élaborée, une mauvaise organisation du territoire, des transports inadaptés et une architecture médiocre transforment un lieu de vie en fournaise. Voyons comment.

Une conception de la ville irréfléchie

D’abord, la ville en elle-même est mal conçue. L’exode rural des années 1960 et qui continue encore aujourd’hui (allez trouver du travail dans la campagne) et l’apparition de l’automobile individuelle a transformé les villes sans prendre en compte le facteur humain.

  • L’augmentation des axes et le tout-goudron (cour d’école, place, etc.) participent au réchauffement. C’est connu, le goudron chauffe énormément, et retient la chaleur qu’il rediffuse la nuit. Ainsi, l’air qui devrait se rafraîchir la nuit, ne peut le faire correctement.
  • De moins en moins d’arbres dans les villes car les politiques des métropoles françaises des dernières années ont privilégié le minéral. Nantes est un très bon exemple, mais aussi Brest, Amiens, etc. Les places de ces villes ont été réaménagées sans AUCUNE végétation ! Et le comble est qu’elles sont tellement nues que des arbres en pot y ont été ajoutés ! Contrairement au XIXe siècle où les élus pensaient à planter des arbres un peu partout, notamment sur les axes principaux.
  • Le déplacement des zones de travail dans des zones commerciales. Les zones de travail sont de moins en moins mélangées aux zones d’habitation. Ainsi, pour la personne qui a la chance de travailler dans la même ville que son lieu d’habitation, le plus souvent, elle sera quand même éloignée de son travail et sera obligée de se déplacer en véhicule.
  • Très peu de parc dans les villes françaises, comparé à Londres ou New York. Paris comptabilise 17 parcs sur 203 hectares[3], au vu de la densité de population, c’est peu. C’est pourquoi les parcs parisiens sont tellement bondés lors des jours ensoleillés ! En comparaison, rien que la surface de Central Park à New York est déjà de 341 hectares !

La place de la mairie à Brest qui a été refaite il y a quelques années sans aucune végétation. Toutes la végétation que vous voyez (plantes en pot, carrré de pelouse)
a été ajoutée pour cet été.

La pénurie des transports face une centralisation du territoire grandissante

À concentrer les grandes entreprises, les hôpitaux, les écoles, les administrations et les pouvoirs politiques dans les métropoles, celles-ci doivent faire face à un trafic exponentiel de marchandises ET de personnes qu’elles ont très mal anticipé. Le meilleur exemple est avec le nouveau découpage territorial de 2016 où Xavier Bertrand, président de la région Nord-Picardie a choisi Lille comme capitale administrative au détriment d’Amiens, alors que Lille était déjà très saturée au niveau trafic[4] !

  • Les gens vivant de plus en plus loin de leur lieu de travail[5], la pollution, donc la chaleur, liée à leur déplacement augmente en parallèle. Si cela était à la marge dans les années 1980, nous sommes aujourd’hui à deux salariés sur trois qui n’habitent pas dans la commune où ils travaillent. L’INSEE a même inventé un mot pour décrire cette nouvelle situation : les navetteurs[6].
  • Idem avec l’école : la création des centres scolaires[7] (regroupement de plusieurs écoles au lieu d’avoir une école par village[8]) augmentera le trafic automobile aussi bien individuel que collectif puisqu’il deviendra impossible que les DEUX parents habitent près de l’école ET de leur travail.
  • La diminution croissante des trains[9] (TER comme TGV), la disparition programmée du Fret[10] (pourtant mis en concurrence), et la suppression des Intercités et des trains de nuit favorisent le transport automobile, source de chaleur (touchez le capot d’un véhicule après le démarrage de son moteur). De moins en moins de trains sont ainsi mis en circulation, et les petites gares sont de moins en moins desservies, contribuant à augmenter le parc automobile en ville (voiture et camion), ce qui dégage de la chaleur mais aussi d’autres gaz problématiques pour la santé.

Une conception des véhicules médiocre face à la chaleur

Le trafic des véhicules thermiques (voiture, bus, camion) n’arrange rien car par essence, ils dégagent de la chaleur.

  • Les véhicules ne sont pas du tout isolés. Si les constructeurs ont tout fait pour la sécurité, je ne comprends pas pourquoi, ils ne font rien pour la chaleur. Cela ne doit pas être si compliqué d’ajouter des composants isolants dans un bus, un camion, une voiture !
  • Des véhicules de plus en plus lourds. Avec l’explosion de la gamme SUV (ou cross-over), ce que les constructeurs ont gagné sur les taux de pollution, ils l’ont reperdu avec des voitures plus lourdes qu’auparavant.
  • Les transports en commun qui ne sont pas climatisés. Je ne suis pas pour la clim’ (à mon sens, il vaudrait mieux isoler les véhicules), mais rien que d’être dans un wagon de tram ou RER bondé de monde, vous transpirez et dégagez encore plus de chaleur, et ce, sans bouger ! (Notez qu’à Paris, la plupart des métros sont climatisés, ceux qui ne le sont pas, avec les RER sont ceux allant dans les quartiers ou communes pauvres. Discrimination sociale ?)

Une architecture des entreprises
bas de gamme

Tout comme l’habitat, le parc des bâtiments d’entreprise pâtit le plus souvent d’une mauvaise conception et de mauvais matériaux pour faire face à la chaleur, le but étant de construire au moins cher.

  • Les immeubles tout en verre ! Si cela est beau, et apporte beaucoup de luminosité, c’est un gouffre énergétique. L’été, c’est horrible, surtout pour les travailleurs se trouvant du côté sud, et l’hiver, on sent le froid quand le soleil est absent. Ne jamais oublier qu’une fenêtre, même double et triple vitrage, n’isole pas autant qu’un mur.
  • Les bâtiments en plastique noir ! Comme où je travaille à Auray. Si l’isolation est bien présente (en visite de chantier, j’ai vérifié wink), celle-ci n’est qu’un pis-aller face à une tôle en plastique noir (j’espère toujours que ce n’est pas du polyéthylène comme l’immeuble de Londres qui a brûlé en 2016[11]). Comme tout le monde le sait (sauf certains promoteurs apparemment), le noir attire et retient la chaleur ! Je peux vous assurer que quand vous sortez au niveau de la façade sud un après-midi d’été, la rue est brûlante et on sent de la chaleur se dégager du bâtiment.
  • Les bâtiments en tôle métallique, ce qui est encore beaucoup le cas des usines, des supermarchés, des nouveaux bâtiments construits en zone commerciale. Rien de pire que d’être en dessous par grand soleil et chaleur !

Admirez la tôle plastique. Dans sa « gentillesse », le promoteur a même mis une tôle en plastique de couleur !

Pourquoi les architectes sont aussi mauvais ?

La plupart des Français pestent souvent contre les architectes (moi, la première alors que je trouve ce métier formidable). Pourtant, au fil de rencontres, j’ai appris à distinguer deux types d’architectes :
– ceux qui travaillent pour Kaufman & Broad et autres promoteurs immobiliers ;
– et les autres architectes qui ont une éthique et pensent avant tout au confort des habitants.

Si faire appel à un promoteur peut sembler une solution pratique, le problème est que le « bien-être » du promoteur est rarement celui de l’habitant. Les architectes du promoteur obéissent avant tout à l’injonction de celui-ci, à savoir : économiser le maximum de places pour vendre le maximum de logements. Des immeubles qui pourraient être bien orientés se retrouvent à ne pas l’être pour pouvoir ajouter un autre immeuble et la dizaine de logements qui va avec.

Ainsi, l’énorme problème en France ne sont pas les architectes, mais le fait que 70 % du parc immobilier NEUF ne sera pas un logement pour le propriétaire mais un investissement financier, d’où une transaction avec un promoteur immobilier. Et n’étant pas amené à habiter les lieux, le propriétaire sera moins regardant sur la conception de celui-ci…

Une architecture à revoir

La conception de l’habitat est aussi à revoir, sans transformer la ville française en médina, l’expérience des villes du Sud est un bon facteur d’inspiration.

  • Immeuble isolé par des matériaux à forte inertie thermique (conserve la chaleur en hiver et de la fraîcheur en été) comme la terre, la brique, le chanvre. Si cela semble une évidence, énormément de bâtiments ne sont pas encore isolés de cette manière
  • Des appartements transversants, c’est-à-dire avec des pièces donnant sur des façades différentes. Il n’y a rien de tel pour faire circuler l’air ! Là, la conception architecturale des immeubles actuels en est très loin.
  • Pour les fenêtres exposées au Sud : pergola, store-banne afin de laisser passer la lumière en hiver et de couper le soleil l’été (celui-ci est plus haut). Le mieux est une pergola en vigne ou kiwi : de l’ombre et des fruits en automne, et aucune feuille en hiver qui cachera le soleil.
  • Végétation et/ou point d’eau dans les cours d’immeubles : il n’y rien de tel pour rafraîchir l’air. L’eau et la végétation sont nos meilleurs alliés face à la chaleur !

Ces quelques exemples d’architecture, transport, organisation du territoire et conception de la ville montrent qu’il n’y a aucune prise en compte du bien-être des habitants, mais aussi du réchauffement climatique aussi bien par les urbanistes que par les élus.

En attendant que la ville française change, lors de la prochaine canicule, pour ne pas souffrir de la chaleur, pourquoi ne pas proposer à votre patron de décaler vos horaires de travail comme cela se fait dans certaines usines ou dans le BTP. La journée commencera vers 5 h du matin, pour finir vers 13 h, l’heure où le soleil commence à bien chauffer ! Attention, à partir de 6 heures d’affilée, il faut prévoir 20 minutes de pause en plus, la loi l’impose (et ça fait du bien !). À l’usine où je travaillais, on faisait cette pause vers 9 h et on en profitait pour déjeuner tous ensemble !

Que faire ?

Interpellez ou écrivez à vos élus quand ils décident de supprimer un espace vert, point d’eau, talus, zone humide (qui est déjà normalement protégée) en pleine ville.

Verdissez votre habitat et ses alentours : fleurs, buissons, bassines ou trous   d’eau.

Si vous investissez dans du locatif, essayez de penser à l’exposition, l’isolation et au bien-être du locataire (un meilleur logement se louera ou revendra toujours beaucoup plus facilement).

2 réactions au sujet de « Des métropoles françaises mal conçues face à la canicule »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code