Comment diminuer le trafic automobile de 5000 voitures par jour ?

Comment diminuer le trafic automobile de 5000 voitures par jour ?

Exemple concret d’un choix politique sur la RN165
(la deux-voies Quimper – Nantes)

       Avec l’arrivée de la ligne TGV jusque Rennes il y a deux ans, la Région Bretagne en a profité pour supprimer des trains sur la ligne Bretagne Sud Quimper – Rennes/Nantes et sur celle du Nord (Brest – Rennes). Dans le Centre Bretagne, les lignes étaient déjà fermées depuis des années. Au moins, en Bretagne, la Région avait l’excuse de la ligne grande vitesse… Car le plus déprimant, dans cette histoire, est que beaucoup de lignes ont fermé ces dernières années dans beaucoup de régions françaises sans cause réelle et sérieuse.

       L’argument financier ne peut fonctionner puisqu’une ligne de train NE peut pas être rentable (les lignes aériennes non plus, voir mon article sur le low-cost). En France, les seules lignes rentables se comptent sur les doigts d’UNE main : Paris-Lyon, Paris-Lille, et je ne sais même pas si Paris-Marseille est rentable. Paris-Nantes doit maintenant être rentable, mais c’est à vérifier. Ainsi, malgré une politique ferroviaire décidée par et pour les Régions, les mêmes décisions sont prises presque identiquement partout : fermeture des lignes, des petites gares ; et dans certains cas, pour ne pas les fermer, afin de ne pas provoquer un tollé dans la population, les Régions réduisent au minimum les arrêts d’un train dans telle gare pour justifier par la suite sa fermeture (puisqu’il n’y a plus d’usagers).

Retrouver une situation ferroviaire satisfaisante

       La situation est ainsi devenue catastrophique en Bretagne en juillet 2017, alors qu’avant tout roulait bien (surtout pour moi qui avait connu les affres du transport parisien et du Amiens – Paris) : des trains à l’heure, avec un train toutes les demi-heures en heure de pointe. Des trains bien répartis dans la journée, des trains très tôt le matin et très tard le soir, pour ceux comme moi, qui ont des horaires très larges. Face à cette situation désastreuse, plusieurs collectifs se sont montés, dont le Collectif d’usagers TER Bretagne Sud, pour alerter la Région et échanger avec elle sur tous les nouveaux problèmes de la ligne Sud (les mêmes problèmes se retrouvent sur la ligne Bretagne-Nord et autour de Redon, situé entre Rennes et Nantes). Cela fait plus deux ans de combat contre la Région Bretagne.

       Oui, j’écris combat. Le terme est fort en sachant que normalement, la Région est un organe censé représenter ses citoyens. Mais, malgré une pétition de grande envergue (plus de 1500 signataires pour 3400 abonnés sur la ligne Bretagne Sud), des maires mécontents, une manifestation considérable, une rencontre avec le personnel de Région et son vice-président chargé des transports, Gérard Lahellec, des motions votées dans les communes concernées, la rencontre avec le député de Quimperlé Erwan Balanant (En Marche), RIEN n’a bougé d’un iota !

Un train, l’été en Bretagne…
Le manque de trains, même l’été
(pour rappel, la Bretagne est une destination touristique prisée !),
fait que pendulaires à vélo et cyclo-touristes se disputent les rares places pour vélo.
Pourtant, des trains aménagés pour les cyclo-touristes existent,
comme cela se fait en Val-de-Loire pour accompagner les touristes
pratiquant La Loire à Vélo.

         Les usagers se retrouvent ainsi avec des aberrations que n’importe quel quidam n’aurait pas crée, comme aucun TER DIRECT entre 16h35 et 18h15 dans le sens Vannes – Quimper, c’est-à-dire qu’il n’y a aucun train régional en heure de pointe entre deux grandes villes, là où le plus de salariés et de scolaires débauchent !!! Dans l’autre sens, c’est pareil, il n’y a aucun train Quimper – Nantes l’après-midi ! Nantes, la capitale historique ! Sans compter qu’on a perdu le Quimper – Toulouse de nuit, et le Quimper – Bordeaux, remplacé par une correspondance à Nantes imbuvable : plus d’une heure d’attente ! Ou encore mieux : un changement à Paris : plus cher (TGV) et plus stressant ! Bon, je ne vais pas faire la liste de tous les dysfonctionnements de cette « nouvelle » grille horaire, parce que ce serait loooong. Mais si vous le souhaitez, je pourrais l’ajouter en encadré.

 

Un réseau ferroviaire adapté = 5000 voitures en moins

       Voyant ainsi que la Région n’était pas prête à modifier ce qu’elle avait crée de toutes pièces, le Collectif d’usagers TER Bretagne Sud a donné samedi dernier une conférence de presse en invitant la Région, les élus (maires, conseillers départementaux, députés) pour montrer que la Région Bretagne ne faisait pas son travail face au défi climatique, sociétal et territorial. Le collectif a ainsi comparé les grilles horaires et constaté qu’il manquait quatre trains importants sur toute la ligne. En effet, le Collectif et la Région Bretagne n’étaient pas d’accord sur le nombre de trains de la nouvelle grille horaires car la Région soutenait qu’elle avait augmenté de 20 % le nombre de trains ? Où ? Bonne question ! Ce tableau comparatif n’a pas réussi à trouver ces 20 % !

       Mais surtout le collectif a cherché le potentiel d’usagers que la ligne peut avoir (a fait le travail de la Région sans être payé pour !) ! En calculant d’après les chiffres INSEE, le nombre de pendulaires (ou navetteur, personne qui fait le trajet tous les jours domicile-travail) qu’il y avait dans chaque ville où il y avait une gare de départ et une gare d’arrivée. En comparant avec le nombre d’abonnés, un différentiel a été établi pour chaque ville, puis la somme totale a été appliquée sur toutes les villes possédant une gare de la ligne Bretagne Sud. Et là, le chiffre énorme de 5000 pendulaires est tombé ! 5000 pendulaires, cela veut dire 5000 voitures en moins par jour qu’il pourrait y avoir sur la RN165 (c’est la deux-voies Quimper – Nantes, parallèle à la ligne de chemin de fer).

       Et le plus incroyable dans ces calculs, c’est que 5000 est un chiffre minoré !!! En effet, les chiffres INSEE datent de 2016, le nombre de pendulaires a augmenté ces dernières années. De plus, les chiffres ne prennent pas en compte les communes périphériques des villes où se trouvent la gare, ils ne prennent pas non plus en compte les scolaires, enfin, les chiffres INSEE ne sont donnés qu’à partir de 100 personnes effectuant ce trajet, c’est-à-dire qu’en-dessous, les pendulaires ne sont pas pris en compte (par exemple les pendulaires de Quimper – Vannes n’apparaissent pas dans ce tableau car ils ne sont qu’une vingtaine à faire ce trajet !).

Vous pouvez agrandir le tableau
en cliquant dessus.

Le transport : un choix politique

       Je reproche donc à la Région Bretagne de ne rien faire pour le transport ferroviaire, et de ce fait de ne pas lutter contre le réchauffement climatique. Celle-ci ne prend pas en compte les changements qui sont en train de s’opérer dans la société française : la fin du tout-voiture, la honte grandissante de prendre l’avion, l’augmentation du tourisme ferroviaire et du cyclo-tourisme. Et sans oublier le facteur territorial et social du ferroviaire qui est de transporter TOUT le monde à moindre frais : les jeunes, les seniors, les handicapés, les personnes sans voiture ET en desservant les territoires ruraux.

       Cet exemple concret et récent montre bien que le choix politique de où va l’argent publique et pour quel type de transport est impactant aussi bien pour les personnes qui vivent dans le territoire mais aussi pour l’environnement. Comment voulez-vous baisser vos émissions de CO2 à l’échelle individuelle si vous n’avez pas d’autre choix de transport que la voiture ? J’ai de la chance d’avoir encore le choix, mais pour combien de temps encore avec une politique ferroviaire aussi pourrie ? Si on veut que les gens prennent davantage le train, il faut proposer une offre tarifaire juste et un nombre de trains suffisant, avec des horaires adaptés aux scolaires et travailleurs. Une vraie politique ferroviaire pour 5000 voitures en moins par jour, ça vaut le coup quand même !

Pour en savoir plus

Le très bon article de la conférence de presse donnée par le Collectif d’usagers TER Bretagne Sud par Le Télégramme : https://www.letelegramme.fr/finistere/bannalec/les-usagers-sncf-crient-au-desengagement-de-la-region-24-11-2019-12440767.php

L’article du Ouest-France : https://www.ouest-france.fr/bretagne/bannalec-29380/bannalec-le-collectif-ter-bretagne-sud-fait-ses-propositions-6627424

Augmentation à prévoir du trafic ferroviaire avec la honte de prendre l’avion : https://www.20min.ch/ro/news/suisse/story/La-honte-de-prendre-l-avion-fait-le-jeu-du-chemin-de-fer-23075655. Il faut savoir que la Suisse a fait le contraire de la France : elle a ajouté des trains pour augmenter la fréquentation de voyageurs.

Augmentation à prévoir du cyclo-tourisme (étude réalisée par la Région Bretagne elle-même !) : https://acteurs.tourismebretagne.bzh/letude-de-frequentation-veloroutes-voies-vertes-divulguee-jeudi-dernier-a-lorient/

Dernière étude INSEE sur le trajet domicile-travail qui s’allonge : https://www.letelegramme.fr/economie/trajet-boulot-dodo-la-distance-s-allonge-en-bretagne-03-10-2019-12398986.php

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2 réactions au sujet de « Comment diminuer le trafic automobile de 5000 voitures par jour ? »

    1. C’est sans doute ça qui fait le plus peur ! On sait, et nos gouvernants aussi, que le train est, à l’heure actuelle, la solution de transport la plus écologique, mais non, dans toutes les régions des trains sont supprimés !

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