Le palais des enfants = une bouche à produit industriel

Le palais des enfants = une bouche à produit industriel

       Coup de gueule du jour pour les aliments ultra-transformés et ultra-emballés : j’ai nommé Vache qui rit, Babybel, Knacki, Mousline (oui, oui, la marque s’écrit ainsi !) et consœurs ! Ces aliments nés avec l’industrialisation de l’agriculture sont le parfait exemple de tout ce qu’il ne faut pas être : plein de conservateurs, d’additifs, emballés et sur-emballés, « fabriquer » on ne sait comment et avec quoi (c’est étrange pour les produits alimentaires transformés, on n’utilise jamais le terme de cuisiner) ! Tout le monde (ou presque) sait que ces aliments sont littéralement de la pâté pour chien. Pourtant, les ventes continuent de croître chaque année, et même moi, si je n’en achète plus, retrouver le goût de temps de temps de La Vache qui rit est un plaisir !

       Quoi ! Comment cela est-il possible ? Manger bio, des aliments sains, de producteurs locaux, et encore aimé La Vache qui rit ? J’ai nommé la nostalgie ou la petite madeleine de Proust. Quand je mange une Vache qui rit, la texture collante me replonge en enfance. Je me revois, petite, chez mes grands-parents pour le goûter avec mon morceau de pain à la Vache qui rit. Ma grand-mère en train de le préparer sur la table de cuisine en formica avec la huche à pain en bois tapissé d’un tissu vichy rouge à côté (je n’invente rien !). Chez mon arrière grand-mère, c’était du Kiri, mais j’aimais moins 😉 ! L’ironie de l’histoire est que mes grands-parents ne mangeaient pas ou très peu de Vache qui rit, ils en achetaient seulement pour nous, leurs petits-enfants ! Et ils nous le disaient bien : « Ce n’est pas du vrai fromage ! »

       Mais alors pourquoi nous en achetaient-ils, et avoir habitué notre palais à ce goût, et à l’aimer, voire à le réclamer ? J’appelle aux fourneaux : la publicité ! Et oui, toujours elle. Mes grands-parents ne mangeaient pas de Vache qui rit, car selon eux, ce n’était pas un fromage, ni par la texture, ni par le goût ! Alors comment vendre un produit classé comme du fromage à des gens qui ne le considèrent pas comme tel ? En passant par les enfants ! Eux, leur palais est jeune, donc si ce fromage n’a pas le goût de fromage, cela ne les dérange pas. Et le meilleur est que les industriels de l’agro-alimentaire font d’une pierre deux coups : écouler leur stock, vendre un nouveau produit et habituer le palais et le cerveau à percevoir ce produit comme un fromage ! Cela vous semble un peu trop gros et cynique ? Regardez l’évolution des publicités pour ces produits.

Les enfants : stars des publicités des produits alimentaires ultra-transformés

       Dans les publicités des années 1980, ces produits alimentaires ultra-transformés n’étaient destinés qu’aux enfants :

  • le petit garçon avec ses bouts de bois de la pub Herta (jambon et knackis) qui m’a tant saoûlée (et vous ?) ;
  • la mère qui prépare la purée Mousline pour son enfant (et non pour toute la famille : le père n’a pas le droit de manger ?) ;
  • le slogan de Kiri (« Le fromage des gastronomes en culottes courtes ») ;
  • sans oublier les petits « cadeaux » destinés aux enfants dans la Vache qui rit.

Ces publicités avaient ainsi deux objectifs : que les enfants réclament ces produits, mais aussi que les parents et grands-parents, face à des enfants qui n’aiment pas toujours la viande ou le fromage car fort en goût pour leur palais inhabitué, les achètent car ils sont présentés comme adaptés aux enfants ! Les parents sont ainsi rassurés : ils voient leur progéniture manger du « fromage », de la « viande ». Des aliments sains.

      Vous pouvez vous dire qu’aujourd’hui les industriels de l’agro-alimentaire ne viennent plus avec leur gros sabots de publicitaire… mais regardez les publicités pour enfants (d’ailleurs à quand la publicité pour enfants interdite à la télévision comme en Suède ?!) ou le rayon des supermarchés. La moitié des nouveaux produits sont pour les enfants ou adolescents :

  • les Fruits shoots de Tesseire : plus cher que l’Oasis, toujours sans fruit et avec toujours autant de sucre (il n’y en avait déjà pas assez dans l’Oasis !?) ;
  • le Sunny Delight ;
  • les « petits suisses » de Nesquick.

Oui, vous lisez bien : il y a du sucre dans La Vache qui rit !!! Pour un fromage, c’est un peu bizarre, n’est-ce pas !?

       À chaque fois, c’est la même rengaine : le produit est présenté comme faisant plaisir aux enfants et bon pour eux : jus de fruits (même s’il n’y a pas l’once d’un fruit dedans), petits suisses (n’a même pas réussi à avoir cette appellation : le nom exact est « Nesquick Petit » !), céréales. Et pour les ados, c’est la « coolitude » et la « funitude » qui est mise en avant : Sunny Delight, Yop, Crunch…

      Ainsi, en habituant nos palais très tôt à la nourriture industrielle remplie de sucre, de sels et d’additifs, nous aurons de plus en plus de mal à aimer les aliments non industriels ou fermiers car ils seront trop forts en goût. Cela se voit déjà avec certaines personnes qui n’aiment pas la purée maison mais adore la purée Mousline ! Les industriels de l’agro-alimentaire font ainsi coup double : ils proposent des produits moins chers (mettre du sucre dans du jus de « fruits », cela coûte moins cher que de vrais fruits) et ils habituent nos palais à leur propres produits !

8 g de sucre pour 100 ml (un petit verre !) ! Pour rappel, du jus de CONCENTRÉ, ce n’est pas du jus de fruits !

Pour en savoir plus

L’évolution des publicités de Kiri : https://www.ribambel.com/kiri/notre-marque/la-saga-kiri. Admirez celle de 2014 où maintenant la mère, une quarantenaire (donc ayant eu du Kiri étant petite), mange aussi du Kiri.

Le compte Instagram Sucrez vos fraises (@sucrezvosfraises) qui montre pour chaque aliment son équivalent en morceaux de sucre.

Pour apprendre à lire les étiquettes :

L’association CLCV (Association nationale de défense des consommateurs et usagers) donne une première approche sur son site : http://lepointsurlatable.fr/des-cles-pour-bien-choisir/comment-lire-les-etiquettes/la-liste-des-ingredients.html

Le site Objectif Santé va plus loin en détaillant tous les E dont il faut se méfier : https://www.objectifsante.mu/fr/nutrition/en-savoir-plus-sur-les-aliments/etiquettes-des-produits-alimentaires-apprendre-bien-les

La liste complète des additifs alimentaires et savoir ce qu’ils signifient (les industriels sont des petits malins : se rendant compte que les gens achetaient moins les produits avec des E dans la liste des ingrédients, ils les ont remplacés par leur vrai nom !) : http://www.naturopathie-holistique.fr/liste-rouge-des-additifs-alimentaires-(danger)-partie-1-15-104.html  En prime, l’interdiction des additifs dans certains pays est précisée.

Et si vous voulez vous faire peur, le livre de Corinne Gouget : Additifs alimentaires danger ! Le guide indispensable pour ne plus vous empoisonner aux Éditions Chariot d’or (https://www.editions-chariot-dor.fr/additifs-alimentaires-danger-gouget-livre-editions-chariot-dor.html).

 

Que faire pour ne pas que le palais de nos enfants se transforme en bouche à produit industriel ?

 

Évitez d’acheter quand le produit est estampillé enfant (attention, pour les bébés, il vaut mieux prendre la version bébé car elle est normalement sans additif, sel, sucre, etc).

Prenez la version adulte en réduisant les portions et habituez votre enfant à des goûts variés. L’important est qu’il goûte, même s’il ne mange pas.

Privilégiez les produits non transformés : fromage, viande à la coupe et non emballé (vous éviterez en plus des emballages inutiles !)

Et comme toujours LISEZ les étiquettes ! Je sais, c’est fastidieux, mais il n’y a rien de tel pour se rendre compte de la quantité de sucre, sel ou conservateur dans un produit !

 

Et moi, je me désintoxique de la Vache qui rit et sourit de mes souvenirs foot-in-mouth !

4 réactions au sujet de « Le palais des enfants = une bouche à produit industriel »

  1. De surcroît, le ministère de la santé recommande fortement de ne pas donner de fromage eu lait cru aux enfants de moins de 10 ans.
    La nourriture industrielle a de beaux jours devant elle…

    1. Oui, désespérant ! Surtout qu’il n’y a aucune étude scientifique qui le démontre, ce ne sont que des suppositions ! On va devenir comme certains Américains qui ne peuvent même plus manger de fromage même pasteurisé sans être malade, comme là-bas, la nourriture est beaucoup plus « désinfectée » qu’en France !

  2. Salut,
    Encore un article à la fois éclairant et rageant : il faut faire un si long chemin ardu, déconstruire, casser les habitudes de malbouffe, même quand on a l’impression d’en avoir peu. Une personne (écolo, extrême-écolo dirait mon époux!!), me disait (lors d’une balade sensorielle en forêt! tu vois le genre de sortie!) qu’elle ne donnait pas de sucre à ses enfants : que de l’eau à boire (ni sirop, ni jus, encore moins sodas!!), pas de bonbons, mais même pas de pain au chocolat non plus, et que les desserts, c’était des fruits (donc pas de yaourts, de crèmes vanille, de gâteaux…). Je me suis dit que j’avais encore du boulot, pour “améliorer” l’alimentation de ma fille. Et elle ajoutait même que de nos jours, un enfant mange autant de sucre ds l’enfance, qu’un grand-parent durant sa vie entière! Ca, ça m’a bien fait réfléchir! Et je ne doute pas que ce soit vrai…
    Donc : bon courage à nous pour désindustrialiser notre nourriture, et chasser le sucre et le sel… C’est pas du tout évident!
    Bye.
    Magali.

    1. Bonjour Magali,
      oui, on commence seulement à se rendre compte que le sucre est un énorme fléau, voire une drogue ! Il est utilisé partout même dans des plats salés ! Je peux te conseiller le livre Bye-Bye le sucre (https://www.librairiesindependantes.com/product/9782035967350/) où l’autrice montre comment elle s’est sortie de son addiction au sucre.
      Pour un aperçu, voici déjà la page de son blog : https://www.ca-se-saurait.fr/2019/03/13/sevrage-sucre-blanc-sucres-alternatifs-stevia-agave-coco-rapadura/
      Bonne lecture !

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